FESTIVAL DES VIEILLES CHARRUES
Introduction.
Cette année, c'était décidé de longue date, nous allions faire les trois jours du festival des vieilles charrues. Bon, les premiers artistes étaient tombés, PIXIES le dimanche notamment. Parfait. Restait a attendre le reste. En ce qui me concerne le pass etait déjà pris lorsque arrivait le reste de la prog. Et là, stupéfaction : rien a se mettre sous la dent, une affiche sans ambition, pour ne pas dire sans intérêt (quand je pense que je trouvait décevante la prog de l'an dernier, je me mords les doigt d'avoir manqué les Stooges...), le tout couplé avec un Jeudi (compris dans une formule à part) qui proposait, et c'etait l'événement cette année alors ne l'oublions pas, la venue du merveilleux JOHNNY HALLYDAY ; Ou est passé la thune du festival ? on se le demande tient. Bref, un peu amers malgré tout, nous nous pointons le vendredi, journée par ailleurs pas vraiment mirifique à première vue, même si un artiste francophone majeur nous fait malgré tout baver d'impatience... Didier Super ! ! ! N'ayant pas retrouvé de programmation exacte (les seules dispo se trouvaient au festival, même celles sur internet sont inexactes ou imprécises), ma présentation du festoche sera un peu chaotique...
VENDREDI 20 JUILLET : NIHILISTES DESIRS
ATTILA JOSZEF : Sous le nom de ce poète hongrois du début du siècle dernier se cachent en fait l'acteur LAVANT ainsi que le guitariste SERGE TAYSSOT-GAY entamant ici une nouvelle facette de son travail en solo, tout en demeurant le célèbre membre de NOIR DESIR. J'arrive peu après le début du spectacle, et le choc est immédiat. Les textes tourmentés d'ATTILA JOSZEF sont déclamés avec une force et une conviction peu commune par LAVANT, qui se montre incroyablement habité, tandis que derrière lui SERGE TAYSSOT-GAY exécute des partition des guitares sombrissimes, qui subliment encore des textes qui déjà sur le papier sont extraordinaire. La sensibilité d'écorchés vifs des interprètes apparaît comme évidente, et sonne comme un écho a celle du poète à qui ils rendent en hommage. Ainsi, le travail de TAYSSOT-GAY permet constater quelle influence, quelle importance il peut avoir au sein de NOIR DESIR, à quelle point certains des sons qu'il produit sont caractéristiques, et aussi, quelles aspirations artistiques il peut avoir. Ce spectacle rappelle d'ailleurs des performances telles que « l'EUROPE » mais encore et surtout « CE N'EST PAS MOI QUI CLAME » et « NOUS N'AVONS FAIT QUE FUIR ». La beauté fulgurante, sombre et vénéneuse des textes trouve son apogée au cours de certains d'entre eux, notamment ceux qui tournent autour de sa mère. La mort, la solitude et le désespoir transpire des textes de ce futur suicidé, obsédé par l'absurdité de la condition humaine. Aucune issue de secours pour l'auteur. Ni pour l'auditeur. Parfois, des passages enregistrés en hongrois viennent prendre les relais du comédien, répétant dans leur langue originale les textes tout justes interprétés. Dans son interprétation d'ailleurs, LAVANT nous permet de penser que, si l'on a jamais put voir FERRE en concert, « LE CHIEN », ca devait donner à peu près ca. Le show est long, probablement trop pour une expérience aussi éprouvante, on ne peut qu'en ressortir troublé, fasciné, touché. (9/10)
DIDIER SUPER : D'une expérience extrême, nous passons à l'autre. Du spectacle plutôt intellectuel, au public attentif et troublé, nous passons au spectacle idiot et provocateur, totalement jouissif, porté par un public composé d'adolescent bourrés et de cinglés de tout les calibres. Les deux scènes pourtant, se côtoient quasiment. Pour avoir déjà vu DIDIER SUPER en concert, je pouvais m'attendre a à peu près tout. Pourtant, le bougre nous surprends encore ! Tout d'abord, il entame son concert en reprenant JOHNNY, ce qui, outre la portée comique du geste, lui permet de nous montrer –chose incroyable- qu'il sait faire de la guitare. Ainsi, pendant toute la première partie du show, DIDIER va presque nous faire le numéro habituel ; il critique tout, il tape sur tout, tient des propos engagés puis annonce qu'il ne s'agit là que de pure démagogie, il créé un personnage, le déconstruit, s'acquiert un public qu'il critique dans la foulée. L'objectif de DIDIER SUPER ; être insupportable, pouvoir provoquer tout le temps, osciller entre l'absurde et le cynisme et pourtant faire réagir les gens, positivement ou négativement, n'être l'étendard de rien, ou être l'étendard du rien. Ses chansons acides ou crétines, visant toujours l'incorrect. Mes il y a quelque chose de différent aujourd'hui ; oui ! DIDIER JOUE VRAIMENT ! ! ! ses morceaux sont remaniés sérieusement, et deviennent propice au pogo et au défoulement, ce qui met la foule dans un état second. Un ado se fout même a poil pour lancer un slam (« encore un ado trop bourré qui vient prendre sa première cuite au concert de Didier Super et qui se souviendra de rien, en plus t'a une petite bite » commente a peu près le poète depuis la scène.) la moitié du public semble ivre (il est a peine 19heure), et, comble de l'incongrue, les organisateur ont mis DIDIER sur une scène trop petite en comparaison du public qu'il draine (sur la grande scène, RAPHAEL va débuter : choisis ton camp camarade) et le tout devient de plus en plus hystérique. Comme d'habitude, le chanteur finit par disparaître de scène, pour réapparaître à la régie, considérant que le public du devant de la scène n'est qu'un ramassis d'abruti. Il fait faire des trucs débiles au public, critiquant ceux qui ne veulent pas y mettre de bonne foi, puis critiquant ceux qui acceptent de suivre comme des moutons. Bien sûr, le climat est étrange, et c'est a ce moment que Didier veut faire s'asseoir le public, pour regagner la scène. Impossible : il y a trop de monde. Vient le moment du geste suicidaire du chanteur, qui n'a plus trop le choix : un slam. Le pauvre fait cinq mètres, puis est emporté par la foule vers le sol, au bout d'une minute, la sécurité intervient. Didier a perdu ses lunettes dans la bataille, il va se reposer quelques instants dans les coulisses. Certains de ses vêtements sont abîmés. En revenant il remercie le public « pour tous ses doigts » : nul doute que l'expérience fut intense, ses fans ayant aussi et surtout tenté de le mettre à poil. Par la suite, Didier se met à faire n'importe quoi. Comme d'habitude, il change les paroles de ses chansons, les calquant sur un autre thème, mais petit à petit, il commence des chansons, les interrompt, les reprend, en interrompt une autre pour en reprendre une précédente, quitte la scène, revient, bref, c'est le chaos total, permettant malgré tout quelques inédites : une chanson engagée contre la mort notamment (« les chanteurs engagés c'est des types qui ont le courage de dire que le monde va mal devant des gens qui n'en pensent pas moins ») et surtout une chanson qui résumera a elle seule toute la seconde partie de ce concert ; une chanson contre la musique ou « chanson contre elle-même ». En effet, le concert de DIDIER SUPER, bien que diamétralement opposé a celui de TAYSSOT-GAY et LAVANT, s'avère lui aussi un spectacle empreint du nihilisme le plus pur, qui, s'il passe par l'humour, la provocation et l'autodérision, n'en témoigne pas moins d'un rejet absolu de tout. En fin de concert, le chanteur saccage la scène, et laisse flotter une atmosphère de chaos et de crétinerie. La soirée débute à peine et nous ne savons pas encore que nous venons d'ors et déjà d'assister aux 2 meilleurs concerts de la journée. (9/10)
RAPHAEL : Après avoir débuté sa carrière avec un rock assez sombre (« Hôtel de l'univers »), le chanteur s'était rapidement orienté vers la chanson « à texte » ( « La réalité ») avant de cartonner dans tout l'hexagone avec un album lorgnant parfois du coté de la pure variété (« Caravane »). Il faut reconnaître, qu'au travers de ses 3 albums, RAPHAEL a parfois su faire preuve de poésie et d'originalité. Ceci dit, le personnage s'est quant à lui rapidement imposé comme le plus fade de sa génération, entretenant une image niaiseuse à souhait et s'attirant les faveurs des jeunes pétasses enamourées. Pour le concert donc, pas beaucoup de chose à attendre. J'arrive sur la fin, le sieur enchaîne les morceaux de son dernier album. Le son est OK, les musiciens nickel, le tout absolument pré-maché et sans saveur. RAPHAEL fait la transition par des « merci, on est content d'être là » mécaniques, bref, aucun intérêt, vivement la suite. (2/10)
DEUS : Le groupe belge fraîchement reformé etait l'un de ces groupes que j'espérait découvrir sur scène, malheureusement, le concert ne décollera jamais vraiment ; la plupart des morceaux sont même carrément ennuyeux, bien qu'à quelques reprises certains morceaux viennent totalement booster mon attention. Mais dans l'ensemble, la prestation scénique très moyenne ne viendra pas relever le niveau d'un set bien trop inégal. (4/10)
PLACEBO : Après RAPHAEL, les midinettes allaient être ravies de constater la venue de la troupe de Brian Molko, venue promouvoir leur dernier album « Meds ». PLACEBO, je ne suis pas leur plus farouche détracteur, pourtant, le concert est catastrophique, et il ne s'agit là aucunement de mauvaise foi mal placée. Le groupe enchaîne, sans la moindre improvisation, et de la manière la plus plate possible, les morceaux de son album, qui se révèlent très peu efficaces, et relancent parfois un peu l'intérêt grâce à ses bons vieux hits. A part ça, aucune communication, aucun effort. Molko fera semblant de coucher avec son pied de micro un instant, mais sinon, autant se mettre un CD si on aime la musique qui paraît alors plus stéréotypée que jamais. L'on peut aussi admirer l'impressionnante collection de guitares du chanteur, qui pourtant n'a aucune raison d'en changer si souvent pour le peu qu'il s'en sert. Au final, on n'est pas vraiment désolé de quitter l'affligeante représentation pour en gagner une autre... (1/10)
DIAM'S : Je n'avais jamais vu un bon concert de rap ou de hip-hop, enfin bref, pas besoin d'entretenir le suspense, c'était pas encore pour maintenant. DIAM'S débute son concert et, rapidement, s'hasarde a quelques reprises de rap français, rendant un hommage brouillon au grands noms du milieu dans l'hexagone. Toutefois pas de quoi s'émouvoir vraiment de ses interprétations très courtes et qui n'hésitent pas à mêler NTM et les misérables 113 (Lesquels la rejoignent d'ailleurs sur scène). Au niveau des ses propres textes s'alternent ensuite le « digeste » et les authentiques merdes. Bref, à la limite, une petite note d'intention pour « Marine », le reste me laissant de marbre, au mieux, lorsqu'elle n'entrecoupe pas systématiquement ses chansons pour blablater des conneries sans intérêts. La chanteuse tente en effet de nous expliquer sa perception de la vie, utilisant a cette fin et a tout bout de champs l'expression « dans ma bulle », me cassant tellement les couilles qu'on se dit qu'elle aurait probablement mieux fait d'y rester, dans sa bulle... (1/10)
YANN TIERSEN : Quittant le douloureux concert précédent bien avant son terme, je prends aussi le temps d'assister un peu au concert de YANN TIERSEN. Si le bougre ne mâche pas ses mots lorsqu'il évoque le pouvoir en place, je ne perçoit pas (ou peut-être est-ce que je n'écoute pas assez bien) la part de contestation censée être contenu dans certaines chansons. Il en dédie aussi une au patron d'un bar de chez lui (lequel est dans la foule) et achève le concert sur une reprise d'un groupe, si je me souviens bien, néerlandais. Le tout s'écoute facilement, mais sans grand enthousiasme, quelques chansons sortent un peu du lot, mais le son, assez limite, ne permet pas de comprendre tout le chant. Dans l'ensemble, c'est en tout cas très loin des célèbres scores d' « Amélie Poulain » et « Goodbye Lenin », avec une orientation chanson-rock pas prétentieuse pour deux sous. Le meilleur moment du concert est en tout cas la reprise suscité qui me laissera intrigué par ce groupe méconnu dont je n'ai pas retenu le nom (a-t-il seulement été donné ?)... (5/10)
MARLU : Je rejoins ensuite le concert de MARLU, groupe déjà aperçu lors du festival de Bobital, au cours duquel il m'a fait une bonne impression (cf article sur les Terres Neuvas). La déception est malheureusement au rendez-vous puisque hormis de toute petite nuance dans la playlist (une chanson en plus), tout est absolument identique, en particulier les interventions du chanteur, a tel point que tout cela devient très ennuyant malgré certains très bons morceaux. Le même concert = (même note) + (déception) = (7/10) + (-3/10) = 4/10
!!! : Avec son orthographe à la con (prononcez « tchik ! tchik ! tchik ! »), le groupe me surprends totalement. Je ne savais pas à quoi m'attendre, ne connaissant le groupe que de réputation. Au final, il s'agit d'une musique extrêmement rythmée, extrêmement dansante (pogo impossible), proposée par un groupe très remuant, au chanteurs assez atypiques, au look de beaufs tout justes sortis du canapés mais qui dansent sur scène avec une attitude tout à fait hors du temps et des modes. Si la musique ne me va pas droit au tripes, elle a au moins le mérite de remettre un peu de couleur dans cette soirée qui commençait a devenir bien morne, même si nous quittons le concert bien avant son terme... (7/10)
CONCERT DE LA JOURNEE : DIDIER SUPER
SURPRISE DE LA JOURNEE : ATTILA JOSZEF
PIRE DE LA JOURNEE : PLACEBO
DECEPTION DE LA JOURNEE : DEUS